Une semaine que je suis à Dublin. Une semaine que le soleil brille de toute sa splendeur... très souvent derrière des nuages gris ou blancs.
Laissez-moi me présenter : je me nomme Jonathan Castillo et j'ai été élu avec deux camarades de notre institution pour parfaire notre formation cinq mois durant à la prestigieuse Dublin Institute of Technology.
Le départ
Il y a de cela une semaine, je finissais mes préparatifs avec l'assistance de ma bien-aimée, Marie. Malgré quelques difficultés de dernière minute, nous arrivâmes bien à temps pour la vérification de mes bagages. En comparaison avec certaines de mes connaissances, je voyageai léger : pour cinq mois à l'étranger, je ne pris que l'indispensable.
Je ne pris que l'indispensable
Le policier laissant l'accès uniquement aux voyageurs, je fus contraint de faire mes adieux à mes proches assez promptement.
Il faut reconnaître que ces quartiers d'embarcation sont modernes, je dirais même... futuristes! Mais depuis quelques temps, j'ai pris l'habitude de m’accoutumer à ces différents nouveaux outils et technologies fort surprenants. C'est ainsi que je suis dorénavant équipé d'un téléphone portable, d'un net bouc, d'un appareil photographique numérique et surtout d'un petit jouet fort plaisant : une Ninnetène d'eau déèsse dans laquelle l'on glisse des cartouches qui renferment des univers ludiques comme "Mariokart".
Trêve de plaisanteries, voici la suite.
Je me rendis vers une file de passagers. Tous attendaient l'autorisation de passer de la part des gardiens de la sécurité. Vraisemblablement, on ne plaisante point en ce genre de lieu : j'ai été fouillé corporellement comme un vulgaire malfrat! Fichtre!
Ceci dit, rien de bien grave. Je pus, par la suite, continuer tranquillement mon petit bout de chemin jusqu'à la salle d'attente. Gardant un œil sur mon violon et mon sac à dos, je commandai un jus de fruit frais à siroter en attendant l'heure de départ.
Peu de temps avant ladite heure, un véhicule motorisé, un autobus au fait, vint nous embarquer pour nous amener devant l'escalier menant à l'entrée de l'aéronef vert. Un petit tunnel de tissus fut aménagé pour nous protéger de la pluie.
Je fus installé à côté d'une jeune mère et de son bébé aux mimiques adorables. C'est lui qui sût, grâce à son sourire, me sauver d'une petite larme d'émotion quand l'engin quitta le sol, tandis que la pluie se faisait un peu plus violente au-dehors. Très vite, celle-ci ne me concerna plus quand nous passâmes au-delà des nuages. Quel magnifique spectacle!
Quel magnifique spectacle!
Lorsque l'engin revint sur la terre ferme, à peine plus d'une heure et demie s'était écoulée depuis le décollage. Etant donc arrivé à Dublin, je fus très vite confronté à la dure réalité : certains irlandais parlent un anglais particulièrement... irlandais. Ce n'est heureusement pas le cas de tous mais ma première expérience avec le conducteur de l'autobus fut particulièrement éprouvante et décourageante. Un jeune homme africain eut pitié de moi et me traduisit les paroles du chauffeurs en anglais compréhensible. Je reste cependant encore étonné qu'inversement, ce même conducteur put comprendre ma requête.
Quoiqu'il en soit, j'arrivai à mon manoir qui allait être ma demeure pour les cinq mois à suivre.
Mon manoir
Imaginez ma surprise quand je découvris que mon manoir, loin d'être isolé, était en réalité en présence une multitude d'autres résidences, formant un tout appelé
Griffith Halls of Residence. Ce n'est pas tout : l'on m'annonça qu'en raison d'une forte affluence dans la cité, j'allais être contraint de partager ma demeure avec trois inconnus.
J'oubliai cette contrainte lorsque je découvris mon habitation. Quel luxe! Toute la boiserie était magnifiquement bien sculptée et même le service à thé était d'une élégance sans pareille! Andrew et Kevin, mes nouveaux majordomes, m'accueillirent comme il se doit pour une personne de mon rang, et m'annoncèrent que les personnes avec qui j'aurais à cohabiter n'étaient pas encore arrivées. Prenant possession de mes appartements, Andrew m'apporta très aimablement un thé de bienvenue. Kevin, quant à lui, me demanda l'autorisation de pouvoir jouer de l'orgue dans la cave, durant ses moments creux où je n'aurais pas besoin de lui. Je la lui ai accordée, bien entendu, mais je dus le regretter très rapidement.
Prenant possession de mes appartements, ...
Les colocataires
Je me rendis sur la terrasse avec mon thé pour contempler la cité, tandis que mes deux serviteurs s'appliquaient à ranger mes affaires et me préparer mon bain. M'apprêtant à aller me laver, j'entendis un bruit dans les escaliers. Je sortis promptement, tout alarmé que j'étais, et me retrouvai ainsi en face de deux des personnes avec qui j'eus à vivre ces cinq merveilleux mois. Je n'allais rencontrer la troisième personne que plus tard mais je vais maintenant vous les décrire tous trois.

Loïs avait 19 ans quand je l'ai connu. Il était originaire de la Ciotat, près de Marseille en France, et fut la personne avec qui j'eus le plaisir de partager ma chambre.
Quoique je ne comprenne vraiment pas pourquoi, beaucoup de personnes me trouvent quelque peu étrange voire incompréhensible. Loïs, lui, n'était pas de ces gens-là, du moins ne le montrait-il pas. Je fus donc pleinement en confiance avec lui, et ce fut réciproque. C'est tout naturellement que nous devînmes amis.

Mathias fut quant à lui un gentleman norvégien au regard perçant et de compagnie fort agréable. Bien que nous dialoguâmes en anglais, il se re-présenta en français! Il me laissa même sa présentation par écrit. La voici :
Je suis un garcon. J’ai 21 ans. J’habite a Dublin et c’est très bien. J’aime ma guitare et ma perruche. Je joue au football. J’adore Jonathan et je le trouve très beau et sexy. J’ai une sœur et elle s’appelle Tina. Elle est une fille. Elle a 24 ans. Ca va ? Non et toi ? Oui.

Raphaël, également français et bien que ce fut la première des personnes que je vis, fut moins proche de moi dans un premier temps. Il faut cependant reconnaître qu'il était un peu moins présent au manoir que les autres. Quoiqu'il en soit, il fut lui aussi une personne des plus agréables à vivre au quotidien.
[photographie prise par Mathias]
Mathias et Loïs
Francophonie
La proportion de francophones présents dans mon manoir est très représentative de la quantité de francophones que j'ai pu rencontrer dans mon quartier. Si je fus à Dublin pour apprendre l'anglais, la première chose que j'appris fut que le français belge et le français de France ont suffisamment de différences pour provoquer quelques rires auprès de la majorité. Je vous laisse, chers lecteurs, deviner dans quelle catégorie je me trouvais, sachant que je fus contraint de convertir mon langage à des abominations telles que sopalin, serviette, soixante-dix et quatre-vingt-dix, mais surtout, surtout, que je dus à jamais bannir l'utilisation du mot tantôt, qui, semblerait-il, soit quelque peu désuet en France.
Les trois belges
Nous ne fûmes cependant que trois à être concernés par ceci : nous étions, en effet, seulement trois belges à être envoyés à Dublin, à la DIT du moins. Autant dire trois cristaux de sucre dans un paquet d'un kilogramme en comparaison avec nos amis français. Ou encore trois lepreuchauns au CIGDCMTCTE (Congrès Intergalactique des différentes créatures mythologiques de toutes cultures et toutes époques).
J'appris avec plaisir que mes deux compatriotes se trouvaient être logé dans quelques autres manoirs que formaient le site GHR.

Je croisai quelques fois Antoine, toujours d’humeur festive. Quoiqu’étant personnellement à l’opposé de certaines de ses valeurs et priorités, je dus lui reconnaître que visiblement, son mode de vie ne l’empêcha pas de parvenir à ses fins. Sa bonne humeur contagieuse fut toujours plaisante.

Quant à Pauline, je me rendis quelques fois avec elle en ville. Nous fîmes plusieurs fois des achats variés ayant toujours un point commun : la quantité et l’encombrement. Nous ne fîmes cependant qu’une seule fois l’erreur de rentrer à pieds ainsi chargés du centre-ville jusqu’à nos logements.
Nourriture
C’est après plusieurs trajets de la sorte, seul ou accompagné, que je pus ainsi me constituer une petite réserve. Au vu de la quantité de nourriture que je stockai dès les premiers jours, je crois que ma mère eut reconnu en moi son digne fils.
... une petite réserve...
Par ailleurs, je me dois de vous expliquer pourquoi je dus faire par moi-même mes provisions ainsi que diverses tâches ménagères. En réalité, il s’agit d’un petit incident sans conséquence dramatique mais lourd de conséquence pour moi et mes trois colocataires :
Ce fainéant de Kevin, alors qu’il s’ennuyait à ne rien faire, voulut faire une farce à son collègue en se faisant passer pour un fantôme. Andrew, bien qu’il parût plus jeune qu’il ne l’était réellement, eut une attaque et demanda sa démission sitôt le médecin parti. Pour couronner le tout, il parvint à convaincre Kevin de se reconvertir en barman dans un pub sans allure de Phibsborough.
C’est donc par des enfantillages que nous nous retrouvâmes tous quatre à devoir être nos propres serviteurs. Vous vous demandez certainement pourquoi nous n’en avons pas engagé d’autres. La réponse est simple : plus personne ne voulut s’engager dans notre manoir depuis la rumeur qu’un fantôme y aurait élu domicile.

Ne souhaitant pas succomber immédiatement à la tentation de la nourriture rapide, je décidai de me préparer une grande quantité de sauce bolognaise.

Rien d'extraordinaire à cela mais je fus particulièrement content du résultat. D'ailleurs, maître Loïs par l'odeur alléché, comme un drogué au-dessus des casseroles se mit à sniffer.
Cette sauce bolognaise était initialement prévue pour pouvoir inviter de nouvelles connaissances vivant également à GHR. Ce projet tomba à l'eau bien que mes colocataires purent en profiter. L'énorme surplus finit quant à lui dans un conservateur à froid intense, en prévision d'une autre occasion.
First Guinness

C'est cependant avec trois de ces nouvelles connaissances que j'eus l'immense plaisir de boire ma première pinte de Guinness du séjour.
La Guinness... Cette merveilleuse bière stout n'est pas qu'une simple bière. Elle fait partie intégrante de la culture irlandaise! Symbole national fort, on ne peut imaginer fête, célébration ou quoi que ce soit sans celle-ci. Elle est d’ailleurs appréciée de par le monde entier mais je ne peux m'empêcher de lui trouver un meilleur goût dans un vrai pub en Irlande, avec de vrais irlandais, pour la plupart on-ne-peut-plus sympathiques.
Revenons à ces trois nouvelles connaissances. Il s'agissait de Linn-Marie, Marjorie et Caroline. Ce fut d'agréables moments en leur compagnie mais je ne les revis malheureusement plus beaucoup par la suite, excepté en coup de vent, avec une petite exception pour Marjorie.
Linn-Marie, Marjorie et Caroline
À Dublin
Je vous passe sous silence nombre de moments des plus intéressants et des plus enrichissants pour poursuivre mon récit avec un sujet en rapport avec la raison de mon séjour ici : la DIT.
Antoine me proposa d'aller ensemble rencontrer Helene MacElroy, la personne chargée de la coordination des étudiants étrangers et francophones. Après un petit détour involontaire, nous la retrouvâmes finalement, prête à nous présenter cette magnifique institution.
Je décrirai tout ceci plus loin dans mon récit, car je vais maintenant vous parler de ce que je vis alors de la ville. Evidemment, ce ne pouvait être que peu de choses, durant ces quelques premiers jours, et mon parcours fut quelque peu original.
À Dublin, O'Connell Street fut évidemment immanquable dès le premier jour, ne fut-ce parce que la plupart des lignes d'autobus passe par là. Une de ses perpendiculaire est en quelque sorte la "rue neuve" de Dublin, en bien mieux. Par ailleurs, je ne sais s'il s'agit d'un manque d'objectivité de ma part, mais toute chose, comparée avec Bruxelles, ma ville d'origine, me semble meilleure, plus belle, plus grande et autres adjectifs positifs en faveur de la capitale irlandaise.
Non loin de là se trouve la prestigieuse université Trinity College. C'est en ce lieu que nombre de sommités vinrent étudier. Inutile d'ailleurs de décrire plus en détail l'élitisme de cette institution. D'ailleurs, il est une chose qui me laisse sourire encore maintenant : me rappeler que certaines connaissances crurent que ce fut là que j'eus la chance d'étudier!
Trinity College
Je fis exprès par la suite de me perdre plus au nord, après avoir passé Phibsborough, car il est dans ma mentalité qu'une ville ne doit pas se limiter à son centre commercial. Marchant au hasard des rues, je me retrouvai quelque peu fatigué et un rien déprimé (pour des raisons financières, mais passagères) dans un petit parc sombre, derrière des maisons tristes, avec des gens tristes qui étaient tristement en état d'ébriété. Un couple de pauvres jeunes se promenait dans les fougères qui longeaient le mur du fond, l'air de vouloir occuper le temps comme faire se peut. Quelques adultes cherchaient l'altercation et tandis que je me dirigeais vers un banc, je saluai un homme assis à côté de son paquet de bières et qui me regardait d'un air condescendant qui semblait dire "merci mon gars, et profite de cette merde de vie avant qu'elle ne te joue un sale tour comme elle l'a fait pour moi".
Je demandai mon chemin à un jeune garçon à vélo et sa bonne humeur me redonna du courage pour me remettre en route et sans que je ne sache vraiment comment, je me retrouvai à nouveau sur O'Connell Street, avec la gigantesque Spire - un énorme monument de métal en forme d'aiguille - à l'autre bout de la rue.
Je passai également plusieurs fois devant la Christ church, cette magnifique cathédrale gothique. Je vous la décrirai plus en détail dans un chapitre prochain.
Christ Church
Lorsque l'on marche à Dublin, on peut trouver de tout, mais uniquement lorsque l'on marche! Je m'explique : chaque magasin a sa spécialité et il est rare de trouver des commerçants ayant toutes sortes d'articles en un même lieu. Cela laisse donc la place à une grande variété de commerces parfois des plus insolites, et dans certains cas, vraiment touchants.
une grande variété de commerces
Mais toute chose en extérieur prend son aspect en fonction de la météo. C'est une vision romantique, certes, mais qui n'y est pas sensible? Pourrait-on dire que nous sommes donc tous romantiques? Quoiqu'il en soit, l'Irlande l'est! Si, en Irlande, votre humeur est pluvieuse, ensoleillée, venteuse ou colorée, il vous suffit d'attendre dix minutes, il y a beaucoup de chances que le temps vire complètement à l'opposé et, avec un peu de chance, sur ce qu'il vous fallait!
pluvieuse, ensoleillée, venteuse ou colorée
Vivre
Etant donné que j'allais vivre cinq mois loin des miens, et sans majordomes, je tentai de prendre de bonnes habitudes dès le début. En ce qui concerne la nourriture, comme je l'ai déjà évoqué plus haut, mais aussi dans l'hygiène de vie! Si pour certains cela va de soi, je puis vous assurer que ce n'est pas toujours l'évidence même lorsque l'on est un jeune homme. Ordre, vaisselle, lessive, hygiène, sport et pour un peu de détente,

la chasse aux moustiques et de leurs cousins, les tipules, que beaucoup d'entre nous considèrent comme de gros moustiques. Que nenni, ce sont de gentilles araignées d'eau qui ne vous piqueront en aucun cas. En revanche, nous en vîmes de vraiment grandes, me rappelant quelque peu l'aéronef vert qui m’amena jusqu'ici. Leur taille imposante suffit pour nous rendre méfiants, Loïs et moi, surtout que grand nombre de vrais moustiques piqueurs les accompagnait. Il n'y avait qu'une solution... la guerre!
... qu'une solution : la guerre!
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